« Il y a eu une prise de conscience sur la valorisation »

Évolution des cahiers des charges, Université de la valeur, accords interprofessionnels, VIFA, communication, etc., les présidents de la Fédération des Vins de Nantes s’expriment sur les différents enjeux du vignoble. Interviews croisées de Christophe Vilain, président de la Fédération, Joël Forgeau, président du pôle ODG et de François Lieubeau, président du pôle communication.
Christophe Vilain, président de la Fédération des Vins de Nantes
Quel bilan faites vous de l’année 2025 ?
La campagne s’est déroulée dans de meilleures conditions, la récolte est très qualitative et nous aurons de très bons vins de garde. Nous sommes en revanche déçus par la quantité. Nous n’avons pas encore les chiffres officiels à la suite du problème technique du site des Douanes mais on devrait se situer entre 40 et 44 hl/ha en Muscadet. Je suis par ailleurs déçu par la réaction des négociants qui n’ont pas joué le jeu sur les prix. Nous leur avions pourtant présenté notre projet autour de la création de valeur au printemps et ils n’ont pas suivi. Sur le sujet de l’Université de la valeur, je suis content de la participation vigneronne aux réunions que nous avons organisé au 1er semestre. Les échanges ont permis de remettre en question le positionnement prix de nos vins et il y a eu une prise de conscience. Nous travaillons par ailleurs conjointement avec le Syndicat des Vignerons Indépendants Nantais et la chambre d’agriculture et nous allons tous dans le même sens.
Le grand format du mois dernier était consacré aux bulles produites dans le nantais. Où en sont les différentes pistes évoquées par la Fédération des Vins de Nantes ?
Nous avons toujours le projet d’une IGP bulles en méthode traditionnelle. Nous continuons en parallèle notre travail sur les essais en cuve close. L’avantage de cette méthode est que la rotation est rapide et qu’elle permet de faire des vins à faibles degrés. Mais encore faut-il avoir des volumes et cela demande aussi de l’investissement ou la nécessité de se rapprocher d’un prestataire de services. Enfin concernant l’option du Crémant de Loire, notre difficulté est toujours de convaincre nos collègues angevins d’élargir l’aire de production, sachant que nous n’avons aujourd’hui que peu de volumes à apporter. Mais ce serait une très belle communication pour la Loire d’avoir un Crémant produit de l’Océan jusqu’à Blois.
Cette année 2026 sera la dernière de votre mandat. Comment l’envisagez-vous ?
Quand j’ai été élu il y a 2 ans, je ne pensais pas que ce mandat passerait si vite ! Cela demande beaucoup d’engagement mais c’est une expérience enrichissante, passionnante. Il y a des moments de doute, de peur mais aussi de très bons moments d’échange et de réussite comme avec l’homologation des cahiers des charges. Je retiens aussi l’ouverture de La Frémoire ou encore la progression de l’image du Muscadet. Je n’ai pas encore pris ma décision pour les prochaines élections qui arrivent en octobre. J’invite les vignerons motivés par cet engagement à s’investir. Nous aurons par ailleurs l’occasion d’aller à la rencontre des producteurs lors de réunions dans les cantons comme nous avons pu le faire en 2025. Il y a ceux que l’on voit souvent en assemblée de sections ou à la Frémoire, et il y a les autres qu’il faut aller chercher, informer directement.

En septembre dernier, à l’occasion des vendanges, Christophe Vilain avait reçu le Préfet de Loire-Atantique Fabrice Rigoulet-Roze.
Joël Forgeau, président du pôle ODG
Quel bilan faites-vous de l’année 2025 ?
Je retiens l’application des cahiers des charges des Vins de Nantes. C’est peut-être passé un peu inaperçu car c’est l’aboutissement d’un long travail commencé sous la présidence de Christian Gauthier mais ça a été passionnant et nous avons fait une réelle belle avancée. Certaines modifications ne vont pas se voir tout de suite comme l’abaissement de la densité de plantation à 5 000 pieds/ha mais dans 15, 20 ans, le paysage aura changé et ce sera une sacrée révolution. Il n’y a pas eu de blocages et on a aujourd’hui des vignerons prêts à bouger, notamment sur le conditionnement dans l’aire de proximité immédiate. Ce qui m’a également marqué, ce sont les travaux sur la création de valeur. On est en train de passer au marketing de la demande. On est à l’écoute de nos consommateurs et c’est ce qui transparaît dans les modifications des cahiers des charges avec l’allongement des sous-régionales sur lies.
Où en sont les négociations autour des accords interprofessionnels ?
Aujourd’hui 50 % du Muscadet Sèvre et Maine sur lie est commercialisé par les vignerons et 50 % par le négoce. Les viticulteurs sont globalement satisfaits de cette contractualisation car elle rassure. Mais le système actuel est dépassé. Chaque année il faut se rencontrer pour parler d’une évolution de prix mais ces discussions sont trop dépendantes des fluctuations géopolitiques, conjoncturelles, etc. La viticulture souhaite passer à quelque chose de plus automatique où tous les ans, les prix varient sur la base d’indicateurs interprofessionnels comme le prix de vente en GMS, l’export, les coûts de production, etc. Et tous les 3 ans, viticulteurs et négociants se mettent d’accord sur un nouveau contrat. Mais cette position n’est pas celle du négoce. Lors de l’assemblée générale d’InterLoire en décembre, nous avons donc pris la décision de proroger notre accord actuel d’un an. On se donne quelques mois pour trouver une porte de sortie. Nous allons par ailleurs travailler sur l’article 210 bis du règlement européen relatif aux « accords de durabilité » afin que, pour chaque appellation de la Loire, nous ayons des indicateurs de coûts de production en conventionnel, en HVE et en bio et des prix de référence.
Quels seront selon vous les enjeux de 2026 ?
Parmi les dossiers à suivre, il y a celui des VIFA pour les AOC Muscadet. Une liste de cépages a été arrêtée. Il y a le chardonnay, la folle blanche, le montils, le grolleau gris, le souvignier gris, le voltis et le johanniter. Ils ont été choisis pour leur capacité de production ou leur résistance aux maladies et à la sécheresse. Nous allons signer un protocole avec l’INAO et nous allons suivre ces cépages et leur résultat en assemblage pendant 10 ans avec un point d’étape à 5 ans. C’est un dossier très long mais c’est un enjeu important pour l’avenir. En parallèle nous allons travailler sur le conservatoire du melon B, qui sera prochainement déplacé, pour améliorer la résilience de notre cépage historique.

La Fédération des Vins de Nantes a accueilli la CNAOC en séminaire en octobre dernier sur le thème de l’avenir des syndicats de produits.
François Lieubeau, président du pôle communication
Quel bilan faites-vous de l’année 2025 ?
Le bilan est positif car je considère que l’on n’a jamais aussi bien parlé du Muscadet que ce soit chez les prescripteurs, dans la presse ou chez les consommateurs. Et bonne nouvelle, le Muscadet coche toutes les cases des tendances de consommation : blanc, sec, Loire, région avec image naturelle, plutôt connu, pas trop d’alcool, des prix qui restent accessibles. On sent que l’image du Muscadet progresse et les articles de presse sont très positifs. Nous avons par ailleurs maintenu tous les partenariats avec le Zénith ou encore le Hellfest. Il y a eu un volume d’activité important dans un budget contraint par la récolte 2024 et nous avons réussi à bien conduire toutes les actions. L’un des temps forts a par ailleurs été la mise en place de l’Université de la valeur qui était un engagement de mandat. C’était selon moi le sujet de 2025 mais ce sera aussi celui de 2026.
Justement, où en est-on de la mise en place de cette Université de la valeur ?
Nous sommes tous conscients que notre vignoble est à la croisée des chemins et que les défis devant nous sont énormes. C’est l’avenir du Muscadet qui se joue. En 2025, nous avons porté le message de la dynamique de valeur, un cercle vertueux et une responsabilité collective. Nous avons eu une mise en action avec la Chambre d’Agriculture et le Syndicat des Vignerons Indépendants Nantais qui sont nos partenaires sur ce projet. Nous avons organisé 4 réunions de producteurs qui ont permis de toucher une centaine de domaines. Cela a donné lieu à des prises de conscience. La valorisation, ce n’est pas pour le plaisir d’augmenter les prix, c’est la clé de voute et ça concerne chacun d’entre nous. C’est monter en gamme, vendre plus de communales, arrêter de brader, équilibrer la relation commerciale avec nos acheteurs. Elle permet de générer du revenu pour les vignerons, entretenir le vignoble, fidéliser les équipes, financer des investissements importants, se protéger des aléas climatiques pour conserver un potentiel de production. Nous l’avons aussi dit clairement aux vignerons : sans valorisation, pas de transmission. A la suite de ces réunions, des premiers diagnostics ont été réalisés, individuellement dans les domaines et vont se poursuivre. Nous proposons ensuite à ces vignerons un programme de formations avec la Chambre d’Agriculture. Elles feront intervenir des entreprises comme AOC Conseils, Idela, etc, commenceront en janvier et se poursuivront tout au long de l’année. Tous les vignerons qui souhaitent se former sont les bienvenus et peuvent nous contacter.
Quel bilan faites-vous de la saison de la Frémoire – Voyage en Muscadet et quels sont les projets pour 2026 ?
Le bilan de la saison estivale est mitigé. C’était notre première année « complète » depuis les travaux et même si le concept a été rénové, c’est peut-être le moment pour nous de continuer à innover, d’autant qu’il y a de plus en plus de concurrence dans le vignoble en termes de lieux autour du vin. Le contrat avec la cheffe Joanna Page a pris fin à l’issue de la saison et nous allons travailler avec un nouveau chef cette année. L’idée est d’ouvrir un nouveau chapitre en amplifiant notre proposition avec une offre à l’année. Tout n’est pas encore calé mais nous voulons vraiment faire vivre l’intérieur du Château. Nous allons poursuivre l’accueil de séminaires d’entreprises mais aussi d’événements thématiques comme nous avons pu le faire lors de « Wine Note » à l’occasion de Vignobles en Scène. Le programme des animations 2026 est d’ailleurs disponible sur muscadet.fr.

Les réunions valeur organisées au printemps 2025 ont réuni une centaine de domaines.