Municipales : Que reste-t-il de l’engagement vigneron ?

Les municipales 2026 sont prévues les 15 et 22 mars. Média partiellement généré par l’IA.
Les élections municipales des 15 et 22 mars vont désigner de nouvelles équipes dans les 207 communes de Loire-Atlantique et les 176 du Maine-et-Loire. Si les conseils municipaux réunissent des citoyens de tous profils, ils sont de moins à moins à compter dans leurs rangs des représentants de la viticulture. Un engagement difficile à concilier avec la vie professionnelle, malgré les enjeux qu’il représente.
Bernard Maillard est un peu un super-héros. Sous sa combinaison de travail, il porte le costume de futur élu. Dans quelques semaines, le vigneron devrait en effet endosser l’écharpe de maire de Saint-Lumine-de-Clisson, la liste qu’il mène étant la seule en lice pour le scrutin des 15 et 22 mars. Et pourtant, à 58 ans, il n’avait pas prévu de revenir dans la vie municipale six ans après l’avoir quitté. « J’ai déjà fait deux mandats, l’un comme conseiller de 2008 à 2014, l’autre comme adjoint de 2014 à 2020. Je voulais laisser la place à d’autres même si j’avais laissé entendre que ça ne me déplairait pas de revenir, une fois à la retraite. Je ne pensais pas revenir si tôt, ni à un tel poste, mais comme personne ne voulait se présenter, on est venu me trouver », sourit-il. En Loire-Atlantique, c’est le seul vigneron à se présenter en tête de liste et l’un des rares représentants de la viticulture. Quand autrefois les conseils municipaux du vignoble comptaient presque tous un vigneron, ils sont de plus en plus rares aujourd’hui. Pour ces élections, ils sont une dizaine de producteurs à s’engager sur des listes dans le vignoble nantais.

Bernard Maillard est le seul vigneron tête de liste en Loire-Atlantique.
Stop ou encore ?
Après deux mandats à la ville de Vallet, l’un comme conseiller, le second en tant que conseiller délégué, Stéphane David avait décidé de raccrocher mais un désistement sur la liste du maire sortant l’a récemment fait changer d’avis. « Cela fait 30 ans que je fais du bénévolat. Aujourd’hui, j’ai envie de prendre un peu de recul et du temps pour moi, d’autant que ma vie professionnelle me prend de plus en plus de temps. Je m’étais donc mis en réserve de la liste, mais il y a quelques jours, l’un des candidats à déclaré forfait. Je suis donc 29e sur la liste. »
À quelques kilomètres de là, Cécile Fleurance s’est quant à elle longuement interrogée après trois mandats à Saint-Crespin-sur-Moine, commune déléguée de Sèvremoine. « Après réflexion, j’ai décidé de continuer pour poursuivre les dossiers engagés. L’équipe a été en partie renouvelée et j’ai envie de m’y investir. » Le départ en retraite de son mari et associé dans quelques mois aurait pu l’amener à envisager son engagement autrement, mais elle n’éprouve aucune lassitude dans son rôle d’élue. « J’arrive à tout gérer. Il y a les réunions du conseil une fois par mois et un bureau restreint tous les 15 jours. Il y a aussi les commissions avec des réunions le soir, parfois dans la journée mais cela reste assez rare. » Depuis 3 ans, elle est aussi la suppléante du député de la 5e circonscription du Maine-et-Loire Denis Masseglia. Une fonction prenante là aussi avec un travail de représentation souvent effectué en journée.
Maître du temps
L’investissement en temps est l’une des contraintes souvent avancée par les vignerons, et plus globalement par les agriculteurs, pour justifier leur volonté de ne pas s’engager. « Lorsque j’étais responsable de la voirie et de l’assainissement, j’assistais aux réunions de chantier. Je pouvais facilement me libérer en journée mais il fallait reporter le travail au domaine tôt le matin ou tard le soir », souligne Bernard Maillard. Avant de se porter candidat, il s’est donc structuré pour pouvoir assumer de nouvelles fonctions. « Il y a un an, je n’avais personne à la vigne. Depuis j’ai trouvé des gens de confiance mais je leur ai aussi demandé leur avis. Un mandat de maire occupe plus qu’un mi-temps, surtout les premières années. » Pour Stéphane David, un tel engagement suppose « d’être structuré et de pouvoir se faire remplacer. Mais pour déléguer, encore faut-il pouvoir l’assumer financièrement et le monde agricole et viticole est dans une telle tension économique et financière qu’il est difficile d’accorder du temps pour un autre engagement. »

Engagée à Saint-Crespin depuis 18 ans, Cécile Fleurance a décidé d’être candidate à un 4e mandat.
Un travail d’équipe
Malgré l’investissement que demande un mandat municipal, Stéphane David comme Bernard Maillard et Cécile Fleurance reconnaissent avoir été grandement aidés dans leurs fonctions par les agents municipaux. « Nous avons une chance à Vallet, c’est d’avoir de supers agents. Ils sont à disposition des élus et on travaille vraiment en partenariat. Ils connaissent aussi toutes les procédures. Quand je suis arrivé il y a 12 ans, j’étais novice, je ne comprenais rien à ce qu’on me présentait sur les finances et j’ai pu trouver les informations qu’il me fallait », concède Stéphane David. Si la vie d’une commune est similaire à celle d’une entreprise, elle a aussi ses particularités et ses complexités auxquels les nouveaux élus ne sont pas forcément préparés. « Il n’y a pas de formation. On se renseigne auprès des élus précédents, on se fait expliquer les choses », partage Cécile Fleurance. « Je m’occupe de la partie viticole mais j’ai aussi en charge le social, avec la banque alimentaire ou les aides aux logements. On a un vrai rôle de proximité mais il faut aussi être prêt à tout comme s’occuper d’un animal en divagation ou constater le décès d’un administré. »
Défendre les intérêts de la filière
Et la viticulture dans tout ça ? En tant que vigneron et élu, Stéphane David a eu à cœur de préserver les terres viticoles mais « ce n’est pas toujours évident », reconnait-il. « On mène tellement de choses de front au niveau de la commune qu’il est parfois difficile de concrétiser ce que l’on veut faire. On a par exemple essayé de trouver des palliatifs aux friches mais sans réussir à les mettre en place. J’ai fini par faire des réunions en interne en mairie pour voir ce qu’il serait possible de faire sur le prochain mandat. » Philippe Ménard n’est pas candidat mais cet ancien vigneron a activement participé à la création d’une liste citoyenne à Monnières. « Cette liste compte des ouvriers viticoles et des gens proches de la viticulture par leurs liens familiaux ou amicaux. Mon but était de faire passer des messages et je ne serai jamais très loin non plus même si je ne mets pas en doute leur capacité à faire attention à la viticulture. » S’engager au sein d’un conseil municipal peut à la fois permettre de préserver le foncier ou de remonter les difficultés de la profession auprès des élus, mais c’est aussi un moyen de faire perdurer des activités. A Saint-Lumine-de-Clisson, Bernard Maillard se souvient des discussions concernant l’aménagement du bourg il y a quelques années. « On a eu des réunions houleuses car des habitants voulaient des aménagements non compatibles avec le passage d’engins agricoles. Si nous n’avions pas été là, les tracteurs ne passeraient plus et les cars scolaires non plus. »

Stéphane David avait prévu de se retirer de la vie municipale mais un désistement sur la liste du maire sortant l’amène à se présenter à nouveau.
« Engagez-vous ! »
Pour inciter les vignerons à participer à la vie municipale, des organisations professionnelles se mobilisent depuis plusieurs semaines. Le Groupement des agriculteurs bio de Loire-Atlantique (GAB 44) a rédigé un pacte s’appuyant sur 5 engagements prioritaires à destination des futurs élus. Des courriers ont été envoyés aux collectivités et des réunions organisées dans les exploitations. C’était le cas le 24 janvier au domaine de la Fessardière à Vallet. « Il y avait des producteurs et des membres de listes candidates. On a parlé des pesticides et de la qualité de l’eau. On passe aussi le message auprès des producteurs pour qu’ils s’engagent car il y a pas mal de sujets sur lesquels on peut influencer les politiques agricoles locales », explique Emeline Bergeron, viticultrice et elle-même candidate sur une liste citoyenne à Vallet. La CNAOC (Confédération Nationale des Appellations d’Origine Contrôlée) a également publié un pacte pour les territoires viticoles présentant 10 propositions pour ces élections municipales. « Il s’adresse aux viticulteurs pour leur dire « engagez-vous, allez représenter la viticulture dans les conseils municipaux parce que c’est là que ça se joue. On sait que le temps est une problématique, que les vignerons ont de multiples engagements. Pour autant, si on délaisse les conseils municipaux, on sera absent de la politique locale et cela nuira à l’ensemble des vignerons », insiste Raphaël Fattier, directeur de la CNAOC. Ce pacte a aussi été conçu pour les futurs élus, non issus de la viticulture. « Il leur présente les spécificités de la viticulture et en quoi la filière peut accompagner le dynamisme local et mettre en valeur le territoire. Les 10 propositions ont été établies par et dans l’intérêt des viticulteurs. »
Honneur et fierté
Dans les prochaines semaines, la campagne va s’accélérer même si dans les petites communes du vignoble, il n’y a parfois qu’une seule liste candidate. Cécile Fleurance, Stéphane David et Bernard Maillard vont poursuivre leur engagement pour leurs communes, et tous soulignent l’honneur d’être au service des autres. De ses 18 ans d’engagement municipal, Cécile Fleurance, ne cache pas sa fierté d’avoir « fait bouger la commune ! On a remis en place le conseil municipal des enfants et ça a été très apprécié. En fin d’année, on a aussi convié les enfants de CM2 et leurs parents à un apéro, c’était un super moment ». Stéphane David n’a lui pas caché son émotion lors des récents vœux du maire, qui devaient être ses derniers en tant qu’élu. « Les gens sont venus me voir, m’ont remercié. C’était vraiment sympa et ça permet d’expliquer pourquoi on souhaite laisser la place à d’autres ». Bernard Maillard retient quant à lui le partage. « J’aime le contact avec les gens et cela permet de voir autre chose que sa propre boutique. On oublie ce qui se passe au domaine, on travaille sur des sujets variés, on voit d’autres personnes. Finalement c’est comme des vacances », s’amuse-t-il. Le message est passé. Avis aux volontaires, il reste juste au 26 février pour rejoindre une liste.