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Dossier

Muscadet sous-régional, l’empreinte du terroir

Deuxième volet de notre dossier consacré à la hiérarchie du Muscadet. Après un premier focus sur le socle de la pyramide avec l’AOC Muscadet, coup de projecteur ce mois-ci sur son cœur de gamme, les appellations sous régionales complétées ou non par la mention traditionnelle « sur lie » : le Muscadet Sèvre et Maine, le Muscadet Coteaux de la Loire et le Muscadet Côtes de Grandlieu.

C’est le cœur de gamme du Muscadet. Les trois piliers du vignoble nantais. Le Muscadet Sèvre et Maine, le Muscadet Coteaux de la Loire et le Muscadet Cotes de Grandlieu sont « le reflet des trois différentes zones de production de notre vignoble » résume Olivier Martin, président délégué à la communication à la Fédération des Vins de Nantes. « Ce sont des vins qui se prêtent à l’élevage sur lie, d’une durée minimum de 6 mois. On est sur des vins marqués par le terroir, des vins frais avec un léger perlant, la marque de fabrique des Muscadets sur lie. Ce sont des vins de gastronomie qui se marient très bien avec la cuisine de la mer, avec des poissons et plus généralement des plats de résistance. Ce sont aussi des vins qui peuvent se garder entre 3 et 5 ans, voire plus pour certains millésimes. »
Les trois appellations sous-régionales réunies représentent environ 300 000 hectolitres récoltés chaque année. En tête, figure le Muscadet Sèvre et Maine avec en moyenne 285 000 hl sur les 10 dernières années. Produite sur plus de 6 000 hectares, cette appellation est également celle qui bénéficie de la plus forte notoriété auprès du grand public. Le Muscadet Sèvre et Maine sur lie est la première référence commercialisée avec 53 800 hectolitres vendus par an en grande distribution*, devant l’AOC Muscadet (42 200 hl). Le Muscadet Sèvre et Maine sans la mention « sur lie » occupe lui la 4e place sur ce même circuit avec 12 700 hectolitres vendus en un an. Une grande partie du Muscadet Sèvre et Maine, avec et sans mention « sur lie », est en effet commercialisée par le négoce. C’est d’ailleurs la seule des trois sous-régionales à être concernée par le marché du vrac avec des cours compris entre 175 € / hl pour le Sèvre et Maine à 183 € / hl pour le « sur lie » sur la campagne 2017/2018.

Pas un mais des Muscadets Sèvre et Maine 
Produit par plus de 400 vignerons sur 31 communes ou parties de communes, le Muscadet Sèvre et Maine se conjugue au pluriel. C’est le cas au Domaine Bonnet-Huteau à La Chapelle-Heulin. « Nous avons quatre types de roches différentes et donc quatre terroirs qui nous permettent de développer une palette de vins variée. C’était aussi une manière de prendre le contrepied de ceux qui disent qu’il n’y a qu’un seul Muscadet » explique Jean-Jacques Bonnet. Depuis 2003, le domaine bio a ainsi développé sa gamme autour de ses terroirs, « d’abord les micaschistes et l’amphibolite, puis le granit en 2010 et enfin l’orthogneiss en 2017. Les différences sont là. Ce ne sont pas les mêmes vins alors que les méthodes de production et de vinification sont les mêmes. Les micaschistes par exemple se révèlent très tôt, dès la première année, et sont assez gourmands. A l’inverse, l’orthogneiss ou l’amphibolite sont des terroirs qui peuvent s’exprimer jusqu’à 5 ans voire plus. » Ainsi, qu’il soit produit au Loroux-Bottereau ou à Vallet, à Vertou ou Mouzillon, sur des terroirs dits « prim’ » ou « plus tardifs », le Muscadet Sèvre et Maine sur lie ne sera pas forcément embouteillé et commercialisé au même moment. Il revendiquera également des profils souvent nuancés. Si le cahier des charges impose « qu’il ne passe qu’un hiver en cuve ou en fût », le Sèvre et Maine sur lie peut être embouteillé jusqu’au 31 décembre de l’année qui suit la récolte. Retardé d’un mois par rapport au cahier des charges en vigueur, cette disposition fait partie des modifications actuellement soumises à une Procédure Nationale d’Opposition. Elle est également valable pour le Muscadet Coteaux de la Loire et le Muscadet Côtes de Grandlieu.

Le Muscadet Sèvre et Maine est produit sur plus de 6 000 hectares.

Coteaux de la Loire et Côtes de Grandlieu complètent la famille
Situées respectivement au nord et à l’ouest du Sèvre et Maine, les deux autres appellations sous-régionales sont plus petites, tant par leur superficie revendiquée que par leur nombre de producteurs : 150 hectares de vignes et 31 vignerons pour le Muscadet Côteaux de la Loire et 230 hectares et une trentaine de producteurs pour le Muscadet Côtes de Grandlieu. Principalement élevés sur lie, ces deux Muscadets ont également la particularité d’être – sauf à quelques rares exceptions – uniquement vendus en direct par les viticulteurs. « Il n’y a pas de marché de négoce. C’est à la fois une réalité mais aussi un choix et même une fierté et une force » explique Hervé Choblet, président de l’appellation Muscadet Côtes de Grandlieu, officiellement reconnue en 1994.
Côté volumes, 6 650 hectolitres de Muscadet Côtes de Grandlieu ont été commercialisés sur la campagne 2017/2018, 3 321 hl pour le Coteaux de la Loire, à des prix situés entre 6 et 7 €. « Malheureusement, on en trouve encore à moins de 4 € » regrette Louis-Charles Toublanc, vigneron au Domaine des Galloires à Drain dans l’appellation Muscadet Coteaux de la Loire. L’export représente quant à lui une part minimum : 187 hl pour le Coteaux de la Loire en 2017, 690 hl pour le Grandlieu contre 55 691 hectolitres pour le Sèvre et Maine.

Créée en 1936 – comme le Muscadet Sèvre et Maine – l’appellation Muscadet Coteaux de la Loire couvre à la fois les rives nord et sud de la Loire. « La Loire ne sépare pas le terroir. La roche mère est exactement la même des deux côtés. On retrouve du gneiss, du granit, des micaschistes ce qui donne une harmonie dans les vins » précise Louis-Charles Toublanc. « Le Muscadet Coteaux de la Loire est par ailleurs un vin minéral avec un côté fumé. C’est un vin à la fois complexe et puissant. »
Plus à l’ouest, le Muscadet Côtes de Grandlieu est lui produit sur des terroirs « argilo-graveleux au nord du Lac de Grandlieu et de l’amphibolite au sud » précise Hervé Choblet. « Il est à la fois floral et fruité avec des pointes salines liées à la proximité de l’Océan. » Plus « précoce » au nord du Lac, le Muscadet Côtes de Grandlieu sur lie est généralement embouteillé dès le mois d’avril. « C’est une demande de la clientèle d’avoir des vins plutôt jeunes. Nos vins sont par ailleurs prêts assez rapidement, ce qui ne les empêche pas de tenir dans le temps » ajoute Hervé Choblet.

L’appellation Muscadet Coteaux de la Loire s’étend des deux côtés de la Loire.

Muscadet de garde, l’antichambre des crus communaux
Le Muscadet est-il d’ailleurs un vin de garde ? Incontestablement pour les vignerons des trois appellations sous-régionales qui élaborent depuis de nombreuses années des cuvées d’élevage. A Gorges, Gilles Luneau, a ainsi développé « deux cuvées intermédiaires, entre le Muscadet Sèvre et Maine sur lie et les crus communaux. Ce sont des Sèvre et Maine de plus d’un an d’élevage. Ils n’ont plus la typicité d’un sur lie, ce côté fraîcheur et perlant, mais permettent de proposer un vin plus reposé, à un prix supérieur au sur lie mais inférieur au cru. »
A Bouaye, Hervé et Nicolas Choblet proposent également des cuvées de garde, valorisées jusqu’à 16 € pour les plus anciennes. « La durée maximum d’élevage c’est 10 ans. On vend actuellement un Muscadet Côtes de Grandlieu de 2012 et cela marche plutôt bien. Cela permet de redorer l’image du Muscadet. »
Vendus sans mention « sur lie », leur durée d’élevage étant supérieure à celle du cahier des charges, ces Muscadet d’appellation, constituent un échelon supplémentaire dans la pyramide du Muscadet, juste avant celui des crus. « Il faut penser aux vignerons qui n’ont pas de parcelles classées en cru » insiste d’ailleurs Gilles Luneau. « Ils ont tout intérêt à proposer 4 ou 5 vins, dont un ou deux en Sèvre et Maine, et deux autres en sur lie. Les gens aiment les vins élevés plus longtemps et sont prêts à les acheter plus chers. Les vignerons doivent croire en leurs vins. » Un avis partagé par les responsables de la Fédération des Vins de Nantes. « Dans cette famille des sous-régionales sur lie, chaque producteur peut développer des cuvées, étoffer sa gamme, avec des sélections parcellaires » complète Olivier Martin. « Ce sont des vins avec plus de rondeur, de complexité qui amènent vers les crus communaux. Ce sont des vins spécifiques à chaque domaine, l’expression du vigneron. »

 

 *Statistiques fournies par Interloire, du 15 octobre 2017 au 14 octobre 2018.