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Covid-19 : la viticulture nantaise fait face à l’épidémie

Dans les vignes, les distances de sécurité sont respectées, ici au domaine Delaunay au Loroux-Bottereau. Crédit : Domaine Delaunay.

Mesures barrières dans les vignes et au chai, livraisons à domicile ou drive… Comme d’autres secteurs agricoles et commerciaux, la viticulture nantaise s’est adaptée à l’épidémie de Covid-19. Malgré un contexte économique difficile, les exploitations poursuivent leur activité. La vigne n’attend pas.

#LaVigneContinue. Dès les premiers jours du confinement, ce hastag s’est multiplié sur les réseaux sociaux. Lancé à l’initiative de Vin & Société et de l’agence de communication La bicyclette de Paul, il met en lumière le quotidien des vignerons en cette période particulière. L’activité agricole est en effet une des priorités du gouvernement et les exploitations, notamment viticoles, bénéficient à ce titre d’un régime dérogatoire pour poursuivre leur activité. Dans les vignes et dans les chais, le travail ne manque pas, encore plus avec le risque de gel comme ce fut le cas fin mars. Mais comme d’autres entreprises, les domaines doivent aussi composer avec des salariés absents et des mesures barrières à mettre en place. « Nous sommes des chefs d’entreprises, à nous de tout prévoir même quand c’est imprévisible », souligne Benoît Landron, vigneron des Côteaux d’Ancenis. « Nous sommes 9 permanents sur le domaine, trois sont actuellement absents. On s’organise avec ceux qui restent et on a prolongé les saisonniers. » Sur l’exploitation, les mesures de distanciation sociale ont aussi été mises en place. « Tout le monde se tient à 3, 4 mètres de distance, y compris le midi. Et la règle c’est un seul salarié par véhicule. » Pour accompagner les employeurs, le ministère du travail a réalisé des fiches techniques sur les mesures à mettre en place au sein des entreprises pour se protéger des risques de contamination. La MSA informe également sur les démarches des employeurs en fonction des situations. Dans les vignes, le travail, souvent solitaire, peut ainsi se poursuivre sans trop de contraintes. Au chai, également même si certains, comme Benoît Landron, ont préféré reporter les mises en bouteilles. A noter que les fournisseurs de matériel agricole sont autorisés à poursuivre leur activité selon l’arrêté du 15 mars 2020.

Pour maintenir une activité commerciale, de nombreux domaines proposent la livraison à domicile ou le drive comme ici le domaine des Tilleuls à La Regrippière.

L’activité commerciale fortement impactée
Avec la fermeture des cafés et restaurants et le confinement des consommateurs, l’activité commerciale est au point mort ou presque. Et pourtant là aussi les caveaux se sont adaptés. Dans le vignoble de Nantes, de nombreux domaines en vente directe proposent du drive avec commande par mail ou téléphone et réception des bouteilles, sur rendez-vous, au domaine. Une solution alternative qui a toutefois ses limites, le confinement ayant raison des clients. A défaut de les faire venir, d’autres ont donc opté pour la livraison à domicile, gratuite à partir d’un certain montant, dans un rayon, de 20, 30 ou 40 km autour de l’exploitation. Certains, comme le domaine du Haut-Bourg à Bouaye, se sont associés avec d’autres producteurs pour livrer gratuitement à domicile des produits alimentaires. « Nous livrons en moyenne une trentaine de commandes par jour, surtout composées de viande, pain et légumes. Le vin est plus anecdotique mais cela évite à nos clients de nous oublier et permet au domaine de s’afficher dans le tissu économique de la commune, même en temps de crise », témoigne Nicolas Choblet. Plusieurs domaines ont également fait le choix de privilégier les cavistes. « La livraison est compliquée à organiser, on préfère renvoyer vers des cavistes partenaires qui ont besoin de travailler », indique ainsi Jean-Jacques Bonnet, vigneron à La Chapelle-Heulin. Le domaine Landron à La Haye-Fouassière a également choisi cette option et s’en est fait le relais sur ses réseaux sociaux en diffusant la liste des cavistes nantais ouverts.
Côté export, la situation est plus critique, même si un léger frémissement se fait sentir depuis le début du mois d’avril selon Vincent Dugué du domaine de la Ragotière – Les Frères Couillaud. « On commence à avoir quelques coups de fils pour expédier. Certains pays, comme la Suède notamment, avaient fait un peu de stock mais ailleurs, comme au Canada, les restaurants continuent d’assurer la vente à emporter et les commandes comprennent souvent une bouteille de vin. » Comme d’autres, le vigneron de La Regrippière est plus inquiet de la situation en France. Impossible pour l’heure de connaître la date de réouverture des restaurants et cafés, ni des conditions dans lesquelles ils ré-ouvriront.

A Bouaye, le domaine du Haut-Bourg s’est associé à d’autres producteurs locaux pour livrer les particuliers.

Des mesures de soutien mises en place
« Les trésoreries de toutes nos entreprises vont inévitablement souffrir sans savoir réellement quand reprendra la croissance économique de la France et celle des pays où nous exportons massivement. Les pouvoirs publics et nos structures syndicales à l’unisson devront soutenir toutes nos entreprises sans exception », s’engage Joël Forgeau, vigneron à Mouzillon et président de la Confédération des Vignerons du Val de Loire. En attendant de nombreuses mesures sociales, économiques et fiscales, soutenues par les organisations professionnelles nationales sont déjà mobilisables par tous les opérateurs vignerons du Val de Loire et accessibles sur filiere.vinsvaldeloire.fr. Chômage partiel, report des échéances sociales et fiscales, prêts bancaires garantis par l’Etat sont quelques-unes de ces mesures. En parallèle, la Région des Pays de la Loire a voté un plan d’urgence de 56 millions d’euros pour soutenir les entreprises et les associations.
Les organisations professionnelles sont également présentes pendant cette période pour conseiller et accompagner les opérateurs. La Fédération des Vins de Nantes, le Syndicat des Vignerons Indépendants Nantais et la Chambre d’agriculture ont ainsi réalisé une note opérationnelle permettant d’analyser la situation des exploitations et d’identifier les différents leviers à disposition pour l’appui des trésoreries. Un numéro spécial a par ailleurs été mis en place par la Chambre d’agriculture pour répondre à toutes les questions relatives au Covid-19 : le 02.41.96.76.86. Enfin, sachez que les élections à la Fédération des Vins de Nantes sont reportées. Initialement prévues du 11 au 15 mai, elles auront lieu après les vendanges.
Même s’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences de l’épidémie sur la filière viticole, tous ses acteurs sont mobilisés pour passer au mieux cette période compliquée et préparer l’après. Dans les vignes, la nature est là pour nous ramener au temps présent. #LaVigneContinue et sans préjuger des mois à venir, le millésime 2020 s’annonce d’ores et déjà comme exceptionnel.