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COVID-19 : quelles mesures pour soutenir nos exploitations ?

Pour pallier aux conséquences économiques engendrées par la crise sanitaire liée au Covid-19, un plan de soutien aux entreprises a été mis en place par l’État. Du fonds de solidarité aux prêts garantis par l’État en passant par les mesures de soutien à la filière viticole, quelles sont les aides à disposition des exploitations viticoles ?

Des bars et des restaurants fermés, des salons annulés et des consommateurs coincés à la maison, pour les exploitations viticoles de Nantes et d’ailleurs, l’addition est lourde après huit semaines de confinement. Pour les exploitations en vente directe notamment. « La perte de chiffre d’affaires est de 50 % sur mars, et de près de 80 % en avril par rapport aux mêmes mois en 2019 », rapporte Carmen Suteau, présidente du Syndicat des Vignerons Indépendants Nantais. « Nous interrogeons régulièrement nos adhérents sur leurs pertes de chiffre d’affaires et c’est catastrophique. Ce qui fonctionne encore aujourd’hui, ce sont les ventes en grande distribution mais sur les MDD, le commerce en ligne et les bibs pour lesquels la valorisation est moindre, et cela concerne surtout le négoce. Cette situation est très pénalisante pour les exploitations habituées à recevoir leur clientèle, à exporter, à alimenter la restauration… » Malgré la mise en place de drive ou de livraisons, les domaines peinent à maintenir leurs trésoreries à flot et doivent s’appuyer sur les dispositifs mis en place par l’État pour passer la crise.

L’un des premiers dispositifs accessibles aux exploitations, c’est l’aide défiscalisée de 1 500 € du fonds de solidarité. Elle peut être demandée chaque mois par toute entreprise de moins de 10 salariés et dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1 M€. Il faut pour cela avoir perdu au moins de 50 % de son chiffre d’affaires en mars 2020 par rapport à mars 2019 et 50 % en avril 2020 par rapport à avril 2019, au chiffre d’affaires mensuel moyen de 2019 ou depuis la création de l’entreprise pour les plus récentes. Pour les entreprises les plus en difficulté, cette aide peut être complétée par une seconde, allant de 2 000 à 5 000 €, appuyée par le Conseil Régional des Pays de la Loire. La démarche se fait via le site des impôts pour les deux volets et est relayée sur celui de la Région pour le second. A ce jour, impossible de savoir combien d’exploitations viticoles ont sollicité ces aides. Le seul chiffre connu au niveau départemental regroupe l’ensemble des secteurs d’activité. Au 12 mai, 56 millions d’euros avaient été débloqués en Loire-Atlantique au titre du fonds de solidarité, tous secteurs confondus.

La seconde aide à disposition des entreprises viticoles, c’est le prêt garanti par l’État. « C’est un prêt à taux zéro sur 12 mois qui peut être prolongé en prêt amortissable sur 60 mois au plus », précise Serge Dupé, directeur du BCAO, le bureau commun d’accueil et d’orientation à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Pour l’obtenir, la première étape est de contacter sa banque. Si elle donne son pré-accord, la 2ème étape est de se rapprocher de la BPI afin qu’elle délivre une attestation nécessaire au déblocage du prêt. « Les démarches sont assez rapides, en général le prêt est accordé sous 15 jours, 3 semaines. A ce jour, 85 % des dossiers ont reçu une réponse positive », indique Serge Dupé. « Mais attention », alerte t-il. « Si le prêt est à taux zéro sur les 12 premiers mois, il passe ensuite au taux en vigueur. Ce sera par ailleurs un nouveau prêt, amortissable, qui a un coût. Sur des entreprises déjà fragiles, il faut rester vigilant quant à leur capacité à se reprendre. »

Autre prêt mis en place pour les entreprises en difficulté : le prêt rebond. Accordé par la Région des Pays de Loire il n’est pour l’instant accessible qu’aux entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 000 €. « C’est un critère excluant », note Serge Dupé. « La profession tente d’abaisser le seuil ou de trouver un autre dispositif. » Selon le Syndicat des Vignerons Indépendants, très peu d’exploitations peuvent en effet y avoir recourt. « Une exploitation moyenne de 30 hectares réalise autour de 350 000 € de chiffre d’affaires, on est loin des 750 000 € », souligne Carmen Suteau. « On poursuit les discussions au niveau de la Chambre régionale d’agriculture car le prêt rebond est intéressant. C’est un prêt à taux zéro d’une durée de 7 ans. »

D’autres dispositifs sont également accessibles aux domaines, notamment le chômage partiel ou le report des échéances bancaires sur 6 mois. « Mais ce report n’est pas gratuit. Soit on rembourse à l’issue des 6 mois, soit on rééchelonne les échéances sur la durée restante ou on prolonge le prêt. Pour les exploitations et dans le contexte, c’est impossible », regrette la présidente des Vignerons Indépendants Nantais. Mobilisés collectivement, les acteurs de la filière viticole ont par ailleurs soumis d’autres demandes à l’Etat pour soutenir la viticulture : exonération des charges sociales et patronales, distillation de crise, aide au stockage, etc. Une réunion s’est tenue le 11 mai dernier avec le ministre de l’agriculture Didier Guillaume et le ministre de l’économie Bruno Le Maire et des mesures ont été annoncées mais la filière souhaite aller encore plus loin. « Nous partons du principe que le vin qui n’est pas bu maintenant ne le sera pas plus tard. Il faut assainir le marché », souligne Carmen Suteau. « Le vin, c’est un instant de consommation, de plaisir. Tant qu’une vie comme celle que l’on a connu ne revient pas, le secteur du vin sera en difficulté. » L’incertitude plane toujours sur la reprise économique, l’ouverture des bars, cafés et restaurants n’étant pas encore actée et les fêtes, familiales ou grand public, étant elles aussi reportées ou tout simplement annulées.

Avec la fermeture des bars et restaurants jusqu’à nouvel ordre, le manque à gagner est énorme pour la viticulture. Crédit : Emeline Boileau.

« C’est la reprise de l’activité qui déterminera les capacités des entreprises à se maintenir ou non. Tous les dispositifs que l’on a aujourd’hui visent à créer un ballon d’oxygène pour préserver les trésoreries et compenser les pertes de chiffre d’affaires », estime Serge Dupé. Pour ne pas fragiliser les exploitations et leur permettre d’évaluer leurs besoins, la Chambre d’agriculture a mis en place des outils de diagnostic, à la fois pour savoir si elles peuvent accéder au fonds de solidarité, mais aussi calculer leurs besoins en trésoreries et déterminer leur impact sur 2021 voire 2022. « Cela permet de prendre du recul et d’avoir un peu de visibilité. Cela n’empêchera pas les entreprises de devoir refaire un point avant ou après les vendanges de manière à voir comment elles vont pouvoir supporter ces reports de charge. »
Pour vous accompagner, toutes les structures de la filière sont mobilisées. Fédération des Vins de Nantes, Chambre d’agriculture, Syndicat des Vignerons Indépendants restent joignables. Le numéro spécial Covid mis en place par la Chambre d’agriculture – 02.41.96.76.86 – reste ouvert, même après le déconfinement. Cette nouvelle période qui s’ouvre ne signe en effet pas la fin de crise. Et si nul ne peut prédire qu’elle en sera l’issue, c’est la mobilisation collective qui permettra de la traverser et de repartir sur de nouvelles bases et un nouveau millésime.