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Bientôt trois nouvelles « communales » en Muscadet

Après Gorges, Clisson et le Pallet en 2011, puis Goulaine, Monnières Saint-Fiace, Château-Thébaud et Mouzillon-Tillières en 2019, trois nouvelles Dénominations Géographiques Complémentaires devraient être reconnues d’ici quelques semaines en Muscadet. L’occasion de présenter plus en détail Vallet, Champtoceaux et la Haye-Fouassière avec les présidents respectifs de chaque démarche : Vincent Dugué, Louis-Charles Toublanc et Clément Albert.


Comment est née la démarche de communales du Muscadet ?

Clément Albert (vigneron à Vertou, président de la démarche La Haye-Fouassière) : Elle est née en 2011, à l’initiative de vignerons de La Haye-Fouassière. Ils étaient une dizaine et ont commencé à identifier des terroirs. Ils se sont alors aperçus qu’ils s’étendaient sur deux communes : la Haye-Fouassière mais aussi Vertou. Le groupe est resté assez restreint et nous sommes une douzaine de domaines à en faire partie. Cela représente une vingtaine d’hectares.
Vincent Dugué (vigneron à La Regrippière, président de la démarche Vallet) : L’association est aussi née en 2011. Goulaine était devenu un peu trop grand et il y eu une volonté de créer un groupe autour de Vallet. On s’est vite rendu compte qu’on avait besoin de savoir de quoi on parlait en termes de terroirs et nous avons fait appel à un consultant. En deux demi-journées, toutes les parcelles proposées ont été expertisées et il en est ressorti que nous avions deux types de terroirs différents : un sur gabbro, l’autre sur schiste. Il a fallu trancher, avoir une ligne de conduite et nous avons choisi de centrer la démarche sur les micaschistes. A partir de 2015, nous avons commencé à communiquer sur notre démarche et aujourd’hui nous sommes une vingtaine d’exploitations adhérentes pour une surface de 60 à 70 ha.
Louis-Charles Toublanc (vigneron à Orée d’Anjou, président de la démarche Champtoceaux) : Les premières discussions remontent à 2001 mais les vignerons du secteur travaillaient aussi sur la reconnaissance des Coteaux d’Ancenis en AOC. Le dossier de Champtoceaux a donc été mis de côté jusqu’en 2014, année où est née l’association Roches de Loire, qui porte la démarche. Nous étions alors une dizaine de producteurs, de chaque côté de la Loire. Nous le sommes toujours aujourd’hui avec 15 à 20 ha engagés, chacun ayant placé une ou deux de ses meilleures parcelles.

Clément Albert, Louis-Charles Toublanc et Vincent Dugué sont les présidents respectifs de La Haye-Fouassière, Champtoceaux et Vallet.

Quelles sont les caractéristiques de chacune des communales ?
Clément Albert : La Haye-Fouassière est sur une roche-mère d’orthogneiss que l’on retrouve sur les coteaux versants qui plongent dans la Sèvre. On est sur des sols caillouteux, assez sableux, pentus. On peut retrouver un peu de micaschistes aussi. Cela donne des vins élégants, mentholés, salins avec des notes anisées. La durée d’élevage est de 24 mois minimum, comme pour l’ensemble des DGC, avec une moyenne entre 24 et 36 mois.
Vincent Dugué : On est sur un terroir de micachistes avec un peu de gneiss et d’amphibolite par endroit. On est sur un élevage de 24 mois et nos vins ont un aspect fraicheur très notable. On s’est longtemps comparé à Goulaine pour savoir ce qui nous différenciait et alors que Goulaine est plus sur la puissance, nous sommes plus sur l’équilibre et la fraicheur. Au niveau des arômes, on retrouve de la pêche, des fruits jaunes et un peu d’ananas.
Louis-Charles Toublanc : A la différence des autres Communales, nous n’avons pas une roche principale qui nous unit. Sur Champtoceaux, nous avons du gneiss, des orthogneiss, des schistes. Ce qui nous rassemble, ce sont surtout les paysages. Nos parcelles ont quasiment toutes vues sur la Loire. L’élevage est de 24 mois minimum mais nos vins s’expriment davantage à partir de 30 mois. Ce sont de vins avec de belles amplitudes, puissants avec une belle amertume au départ et des notes de sauge.

La communale Vallet s’étend sur 60 à 70 hectares.

Comment se portent vos communales sur le plan commercial ?
Clément Albert : Nous avons encore beaucoup de pédagogie à faire auprès des consommateurs pour faire connaître nos vins. Nous avons pris un peu de retard sur ce plan du fait que certains vignerons, précurseurs, commercialisaient déjà des cuvées sous les noms de lieux-dits. Ils vendaient une cuvée avant de vendre La Haye-Fouassière. Les débouchés sont majoritairement en vente directe au domaine mais nous sommes aussi présents chez les cavistes et restaurateurs. On en voit aussi à l’international, certains domaines étaient présents à l’export, mais le nom « La Haye-Fouassière » n’est pas évident à prononcer pour des étrangers (rires). A l’international, la démarche des communales est bien comprise. Pour eux, c’est vraiment un Muscadet haut de gamme.
Vincent Dugué : C’est assez équilibré sur les différents circuits même si la vente au caveau est majoritaire. Même les domaines qui font des petits volumes sont contents d’avoir du Vallet dans leur gamme. A l’export, 6 à 7 domaines le commercialisent.
Louis-Charles Toublanc : Historiquement, nos domaines travaillent principalement en direct avec beaucoup de ventes au caveau. Nos vins sont aussi présents en restauration et chez les cavistes mais le réseau est assez local.

En novembre 2025, les vignerons de la démarche La Haye-Fouassière avaient organisé leur premier événement grand public au food-hall Magmaa à Nantes.

Quelles sont les actualités de vos collectifs ? Avez-vous des événements prévus ?
Clément Albert : Nous avons organisé l’événement « Gorgées d’Art » fin 2025 à Nantes qui mêlait dégustation et création artistique. Ce devait être l’événement pour fêter notre reconnaissance en DGC mais comme cela a trainé, nous avons décidé de l’organiser quand même. Aujourd’hui on envisage de faire une cartographie de nos terroirs avec un spécialiste mais rien n’est encore acté. On se voit en tout cas régulièrement, ne serait-ce que pour déguster nos vins.
Vincent Dugué : Dès 2015 nous avons cherché à développer des partenariats locaux avec la mairie et la salle du Champilambart. Cela nous a permis de croiser la saison culturelle et notre communale. Nous participons à des dégustations en amont des concerts une à deux fois par an. Nous avons aussi notre soirée « Vallet » tous les ans au mois de novembre avec un groupe de partenaires. Cet automne, nous prévoyons d’organiser une dégustation sur le marché de Vallet pour justement marquer la reconnaissance en DGC et pourquoi pas un événement avec nos collègues de La Haye-Fouassière et Champtoceaux !
Louis-Charles Toublanc : Nous avons déjà organisé des événements grand public et gastronomiques par le passé. On envisage de renouveler l’opération mais nous attendons pour cela la reconnaissance officielle. On a déjà les contours de ce que l’on souhaite mais on attend l’officialisation !

L’identité de Champtoceaux a déjà été reconnu par l’Etat avec le classement du Verrou du Val de Loire au titre des sites et monuments naturels.

Que va changer la reconnaissance en Dénomination Géographique Complémentaire ?
Clément Albert : Cette reconnaissance va ancrer dans le marbre le fait d’être une DGC et de l’expliquer aux clients. On peut plus facilement lui expliquer pourquoi ce n’est pas un Muscadet « classique » et justifier sa valorisation. On a parfois entendu que le prix était élevé pour un Muscadet, mais justement, ce n’est pas le Muscadet qu’ils ont pu connaître il y a 20 ans.
Vincent Dugué : Enfin nous pourrons communiquer officiellement ! Cette reconnaissance nous donnera de la légitimité auprès des professionnels, des acheteurs et du grand public. Cela va aussi donner un second souffle à notre association car la longueur de la procédure a apporté de la lassitude chez certains d’entre nous. Et peut-être que ça incitera d’autres vignerons à nous rejoindre.
Louis-Charles Toublanc : Outre le fait de pouvoir véritablement marquer « Champtoceaux » sur nos bouteilles, cette reconnaissance va également offrir une protection à nos terroirs. Une communale, c’est la reconnaissance d’une entité sur un secteur sachant qu’en décembre 2023, nous avons déjà eu une première reconnaissance avec le classement par l’Etat du Verrou du Val de Loire au titre des sites et monuments naturels.


Où en sont les trois dossiers ?


En juin dernier, le comité national de l’INAO a validé les rapports des commissions d’experts et d’enquête sur les critères d’identification parcellaire et la délimitation des aires géographiques de ces trois DGC. La prochaine étape, c’est la validation des projets de cahiers de charges modifiés des AOC Muscadet Sèvre et Maine et Muscadet Coteaux de la Loire. Celle-ci doit intervenir en septembre et devrait être suivie d’une Procédure Nationale d’Opposition de deux mois. « Après étude des réclamations, il faudra ensuite attendre la promulgation par le ministère de l’agriculture mais on peut espérer obtenir la reconnaissance de ces trois nouvelles DGC pour la fin d’année ou tout début 2027 », précise Romain Mayet, ingénieur à la Fédération des Vins de Nantes, chargé du suivi du dossier.