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Muscadet primeur : entre tradition et renouveau

Le 19 novembre prochain, les premiers vins du millésime 2026 pourront être dégustés. Fixée au 3e jeudi de novembre, la sortie des primeurs est depuis longtemps associée au Beaujolais qui, au fil des années, en a fait un événement médiatique et marketing. Pourtant, il profite aussi à d’autres appellations, dont le Muscadet. Si ses volumes restent modestes, le primeur ouvre la voie aux Muscadet d’élevage, aussi bien pour les producteurs que pour les distributeurs.

Ce mardi 20 octobre à La Haye-Fouassière, c’est jour d’étiquetage au domaine Landron. La cuvée « Grains de raisins » 2026 se pare de son nouvel habillage, dont les couleurs changent au fil des années. Cela fait 21 ans désormais que le domaine produit un Muscadet primeur. « Mes parents ont commencé en 2005, une année chaude et volumineuse », explique Hélène Landron. « Le raisin provient de nos parcelles en conversion bio ou biodynamie et comme nous sommes en perpétuelle restructuration, cela tourne régulièrement. » Pour la vigneronne, il ne s’agit pas seulement d’orienter une partie des volumes mais aussi d’un choix commercial. « Cela nous permet de dynamiser les ventes de fin d’année et de donner un aperçu de ce que sera le millésime. » S’il est autorisé par les cahiers des charges, le Muscadet primeur ne fait toutefois pas partie de la gamme de tous les domaines du vignoble nantais. Les volumes produits sont modestes et variables d’une année sur l’autre. 385 hl ont ainsi été revendiqués sur la campagne 2020/2021, 193 hl l’année suivante, 505 hl en 2023/2024 et seulement 70 hl en 2025-2026. Certains millésimes s’y prêtent en effet plus que d’autres. C’est le cas notamment de 2026 avec ses températures caniculaires et la précocité des vendanges.

Un aperçu du millésime
A Maisdon-sur-Sèvre, c’est justement le caractère du millésime qui a incité le domaine de la Grenaudière à faire un « vin nouveau » cette année, pour la première fois en 300 ans d’existence. « Je voulais initialement faire un vin partiellement désalcoolisé mais le millésime ne s’y prêtait pas du tout. J’ai donc tenté un vin « nouveau » sachant que j’avais une cuve qui goutait très bien et travaillée dans ce sens », explique Mathilde Ollivier. La vigneronne ne revendiquera toutefois pas cette cuvée de melon B en Muscadet primeur. « Je lance cette nouveauté lors des portes ouvertes du domaine le 14 novembre, avant la date des primeurs. Ce sera donc un vin de France. Je tente et on verra si ça marche. J’ai prévu 1200 à 1500 bouteilles, l’idée étant que ce soit vendu assez rapidement, avant le printemps prochain. » Pour Hélène Landron, un tiers de la production, soit 20 hl, étaient déjà vendus fin octobre. « Et les commandes vont continuer d’arriver. Nous avons des partenaires cavistes qui organisent des événements pour la sortie des primeurs. » Le Muscadet du domaine affiche « des arômes primaires, de fruits exotiques. On n’est pas sur le même équilibre que nos vins en biodynamie mais il n’est pas destiné à l’élevage non plus. On est sur un vin léger et facile à boire. »

A gauche le primeur du domaine Landron, à droite celui du Vignoble Drouard.

Un instant décomplexé
Dans le vignoble nantais, les avis sont toutefois partagés sur le profil du millésime. C’est le cas de Jérémie Huchet qui après avoir produit du Muscadet primeur pendant quelques années a pris une autre direction. « On l’a fait pendant 7, 8 ans avec la société Les Bêtes Curieuses. Ça marchait bien mais je n’ai pas continué quand nous avons arrêté l’entreprise. Pour moi, le millésime 2026 se destine plus à aller chercher des vins de garde, comme les DGC, que des primeurs. Le primeur se fait sur des jeunes vignes, avec des rendements conséquents pour faire des vins fruités, gourmands et ce n’était pas le profil du millésime cette année. » Le vigneron de Château-Thébaud garde toutefois un bon souvenir de l’époque primeur « C’est un instant convivial, sympa. C’est un prétexte pour revoir les clients, parler des vins et des cuvées à venir. » Cet avis, Pascal Drouard, le partage aussi. « C’est un instant de consommation. Les clients goûtent, partagent leurs avis, comparent avec d’autres. On est sur un vin facile, un vin de copains. » Mais le vigneron, également installé à Château-Thébaud, observe tout de même un moins grand engouement pour les vins nouveaux que par le passé. « Il y avait pas mal de tapage médiatique autour du Beaujolais et on profitait aussi un peu de cette communication. Mais les consommateurs d’aujourd’hui n’ont pas forcément cette connaissance du 3e jeudi de novembre, sans compter qu’ils consomment mois d’une manière générale. » Cette année le Vignoble Drouard a prévu 4 000 bouteilles de Muscadet primeur, moitié moins qu’aux grands heures du vin nouveau.

Un temps fort pour les cavistes
Depuis quelques années, les vins nouveaux n’ont en effet plus le même succès auprès des consommateurs. Si la baisse de la consommation et les aléas climatiques l’expliquent en partie, la qualité de certains primeurs a aussi nui à la mention. « Des professionnels ont estimé que les vins n’étaient pas prêts et ont complexifié le message auprès des consommateurs », regrette Samuel Buteau, directeur du réseau Cavavin. « Pour nous cavistes, c’est une période intéressante pour mettre en avant des vins faciles, des vins de consommation rapide et prétexter un moment convivial avant les fêtes de fin d’année. Dans la conjoncture actuelle, il faut désacraliser le discours autour du vin et aller vers des instants décomplexés comme celui-ci. » Comme chaque année, les caves du réseau proposeront des animations à partir du 19 novembre. « Les franchises peuvent se sourcer sur notre marketplace et une PLV est mise en place en magasin. C’est un temps assez court mais il permet d’animer une période et d’inciter les clients à revenir en décembre. » A Nantes et son agglomération, de nombreux cavistes proposeront au moins un Muscadet parmi la sélection de primeurs. Ce sera le cas notamment pour la première fois à la Muscadetterie. « On a eu quelques demandes de clients l’année dernière et comme on est friands de nouveautés, on a décidé de proposer une cuvée de Muscadet primeur. L’idée est de donner un petit échantillon de 2026 pour donner un aperçu du millésime », indique le caviste Alexandre Philion.

La sortie des primeurs est l’occasion pour les cavistes d’animer une période commerciale plus creuse avant les fêtes de fin d’année.

Un rendez-vous avec les consommateurs
Vendues entre 5 et 10 €, les cuvées de Muscadet primeur sont aussi l’occasion pour les domaines de promouvoir le reste de leur gamme. « On organise généralement une dégustation au domaine le 3e ou 4e vendredi de novembre. Ça permet d’animer une période post-vendanges pas toujours facile, de faire goûter le primeur mais aussi nos autres cuvées. Nos clients en profitent pour faire leur réassort en vue des fêtes », précise Hélène Landron. Le Vignoble Drouard a lui prévu une soirée spéciale le 19 novembre au Chalet du Vignoble, son bar à vins et cocktails situé sur le domaine et ouvert il y a un peu plus d’un an. Ce même jeudi soir, le restaurant de La Frémoire organisera sa première soirée « Mumu nouveau ». « L’idée est de proposer une soirée conviviale, détendue autour du nouveau millésime. On aura 3 cuvées de Muscadet primeur, au verre et à la bouteille, les vignerons seront là et on accueillera le public en mode bar-resto », détaille Robin Kermarec. Pour le chef, cette soirée sera l’occasion « d’avoir un premier avis du millésime. Chacun a son opinion sur les primeurs mais quand les domaines travaillent bien, les primeurs sont très bons. » Ce rendez-vous du 3e jeudi de novembre est avant tout une occasion de parler des vins et des appellations. A une période où la consommation ne cesse de diminuer, perpétuer une culture du vin, du produit et d’une certaine manière, une tradition, c’est aussi maintenir et entretenir le lien avec les consommateurs.