« Aller encore plus loin dans l’offre oenotouristique »

Les vacances de Pâques et les ponts de mai ont donné le top départ de la saison touristique. Dans le vignoble de Nantes, la Société Publique Locale (SPL) Clisson Sèvre et Loire Tourisme, chargée de la promotion et du développement touristique, espère attirer davantage de visiteurs et les inciter à prolonger leur séjour. Pour cela, elle mise sur l’œnotourisme. Entretien avec Jérôme Bosger, son directeur.
L’œnotourisme a été identifié comme un chantier prioritaire à la création de la SPL en 2024. Comment s’est-il concrétisé depuis ?
Jérôme Bosger : L’œnotourisme est un chantier particulier car nous ne sommes pas producteurs d’activités touristiques mais on s’appuie sur un réseau de prestataires. Notre stratégie est d’aller chercher des clientèles plus lointaines, sur du court-séjour, des week-ends. Pour cela, on continue de capitaliser sur Clisson, qui reste une vitrine touristique du vignoble nantais, mais en l’associant à tout ce qui fait l’univers du vin. C’est vraiment notre objectif N°1. On travaille justement avec les vignerons pour qu’ils développent une offre qui aille plus loin que le simple accueil-vente à la cave. On les incite à développer des prestations payantes, pour que l’objectif ne soit pas forcément la vente de vin mais de proposer une vraie expérience touristique. Les accords mets et vins fonctionnent bien, les ateliers de création de cuvées aussi, tout comme les concerts à la cave.
Pourtant l’offre s’est déjà considérablement développée ces dernières années ?
Jérôme Bosger : Effectivement, notamment dans la plupart des caves touristiques. Aujourd’hui, nous avons 40 caves touristiques labelisées par InterLoire. C’est beaucoup à l’échelle du Sèvre et Maine. Parmi elles, certaines ne sont pas ouvertes le week-end, sauf sur réservation. Le problème, c’est que si les visiteurs ne se sentent pas accueillis, ils ne se déplacent pas. Je suis plutôt favorable à pousser la qualité de l’offre plutôt que d’avoir un maximum de caves ouvertes. La plupart des caves touristiques qui proposent la réservation le font par l’intermédiaire de notre site web et on voit bien que ceux qui vendent le plus, ce sont ceux qui ont les prestations les plus développées et ce sont souvent des prestations assez chères. Le prix n’est pas un problème. La problématique vient plutôt de l’offre.
Comment accompagnez-vous les vignerons dans le développement de leur offre ?
Jérôme Bosger : Nous avons organisé des ateliers l’année dernière avec Solutions & Co et Vignobles et Découvertes sur la création de son offre touristique et un autre sur la communication. On organise aussi des rencontres professionnelles afin que chacun présente son offre et échange sur ce qui fonctionne ou pas. On accompagne surtout nos partenaires sur la partie organisationnelle comme les horaires d’ouverture, la réservation en ligne, etc. plus que sur la production d’offres. Nous portons quand même quelques initiatives comme « Les escapades en Muscadet ». Il s’agit d’emmener un groupe de maximum 20 personnes, en minibus, à la découverte du vignoble. Pendant 3 heures, elles découvrent les paysages, le porte-vue de Château-Thébaud et terminent par une dégustation chez un vigneron.

Le porte-vue de Château-Thébaud est une étape des « Escapades en Muscadet » proposées par l’Office de tourisme du vignoble nantais. Crédit : Emeline Boileau.
L’un des axes prioritaires est également de développer le tourisme d’affaires. Où en êtes-vous sur le sujet ?
Jérôme Bosger : Il y a une vraie offre sur notre territoire mais nous devons encore la structurer. Nous avons beaucoup de lieux qui se sont créés pour des événements familiaux comme les mariages et qui se positionnent pour accueillir des entreprises en semaine. Mais ce n’est pas le même fonctionnement, ni les mêmes attentes. Quand une entreprise arrive, il faut que tout soit prêt : la salle, le son, la vidéo, le café, que la pause soit prévue, etc. Pour structurer le tourisme d’affaires, nous avons créé un club affaires. La première réunion a eu lieu en mars, la prochaine est prévue le 19 mai. Aujourd’hui on a une trentaine de prestataires avec lesquels nous allons construire un plan d’action. Le but sera ensuite d’en faire la promotion auprès des réseaux d’entreprises locaux.
L’offre d’hébergement est-elle aujourd’hui suffisante dans le vignoble nantais ?
Jérôme Bosger : Il y a eu une évolution importante ces deux dernières années. Il y a 3 ans, nous avions un déficit d’hébergements, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Un hôtel à ouvert à Clisson, un autre ouvrira en 2027 à Vallet. Nous avons beaucoup de meublés Airbnb à Clisson et dans les alentours mais nous souhaiterions avoir des offres différenciantes. On rêverait par exemple d’avoir un domaine viticole qui soit à la fois un hôtel, un restaurant et spa afin d’avoir une offre phare sur la destination. On a quelques contacts avec des investisseurs mais nous sommes confrontés à la problématique du foncier pour développer ce type de projet. On aimerait également avoir un peu plus de camping à la ferme ou de glamping qui est une offre d’hébergement insolite proche du camping.
Vous avez repris il y a quelques mois le label Vignobles et Découvertes avec la Fédération des Vins de Nantes. Qu’est-ce que cela implique ?
Jérôme Bosger : Reprendre ce label avec la Fédération est un engagement important mais nécessaire, car il risquait de disparaître, le Département ayant décidé de ne plus le porter. L’un des points importants est que la labélisation des professionnels du tourisme sera désormais effectuée par l’Office de Tourisme et la Fédération des Vins de Nantes. L’Office interviendra sur son territoire et la Fédération des Vins de Nantes, dont le périmètre est plus large, labelisera sur le reste du vignoble. La labélisation sera gratuite et valable 2 ans. Pour le reste, les missions liées au label sont les mêmes que celles effectuées par l’Office à savoir organiser des rencontres annuelles avec les membres du réseau ou faire la promotion des activités touristiques.

Le vignoble de Nantes compte une quarantaine de domaines labelisés « Cave touristique ».
Vous avez coordonné l’an passé l’événement Vignobles en Scène dans le nantais. Y’aura-t-il une seconde édition ?
Jérôme Bosger : L’idée est vraiment d’installer cet événement sur le territoire et de capitaliser dessus. On s’est posé la question de recréer un événement mais ce n’est plus d’actualité. Les Muscadétours ou les Caves Etonnantes ont permis de mettre un pied à l’étrier et ça a bien fonctionné mais nous ne voulons plus nous positionner sur la création d’événements mais plutôt sur leur promotion. Avec Vignobles en Scène, l’ambition nationale est d’avoir, sur chaque destination, un banquet qui ouvre l’événement. Ça a été le cas l’année dernière à La Frémoire avec Wine Note. On espère que la Fédération renouvellera le rendez-vous cette année.
L’Office de Tourisme a également repris la gestion du musée du vignoble nantais. Qu’est-ce que cela change pour le site ?
Jérôme Bosger : Les équipes du musée ont été intégrées à celles de l’Office au sein d’un pôle patrimoine. Pour le reste, nous attendons l’installation de nos élus. Le constat est que le musée a besoin d’évoluer mais je ne peux pas en dire davantage pour l’instant.
Quelle communication est mise en place pour promouvoir le territoire ?
Jérôme Bosger : Nous avons mené une campagne d’affichage avec deux visuels, l’un sur Clisson, l’autre sur les vignes, dans des villes comme Rennes, Vannes, Le Mans, Tours et la région parisienne. On axe sur la promotion des courts séjours. Cette campagne a également été relayée sur les réseaux sociaux. Nous avons moins d’éditions papiers mais nous avons conservé la carte touristique et le programme du pays d’art et d’histoire et de nos rendez-vous. Nous avons également un magazine de destination pour les gens qui ne connaissent pas du tout le territoire. On propose aux personnes qui ont cliqué sur les pubs que nous faisons en ligne de recevoir le magazine chez eux pour découvrir le vignoble et leur donner envie de s’y rendre.

L’Office de tourisme propose toujours la carte du vignoble ainsi qu’un magazine de destination pour faire découvrir le vignoble.
Avez-vous déjà des signaux positifs sur le développement touristique et oenotouristique depuis la création de la SPL ?
Jérôme Bosger : En 2025, nous n’avons jamais accueilli autant de personnes à l’Office de Tourisme avec 33 000 personnes et nous avons réalisé l’une des meilleures années en termes de vente à la boutique. Les vins et les produits autour du Hellfest sont notamment en hausse. D’avril à août, nous organisons des dégustations gratuites le samedi à la boutique en partenariat avec les vignerons de la Vallée de Clisson et il y a une vraie dynamique. L’œnotourisme est un grand sujet pour notre territoire et ce n’est pas encore acquis pour les vignerons de proposer une vraie offre oenotouristique. On doit aller encore plus loin. Nous avons défini une stratégie, on la développe, on travaille avec la Fédération des Vins de Nantes. On est prêts mais on nous ne sommes encore qu’au début du chemin.
Comment s’annonce la saison estivale 2026 ?
Jérôme Bosger : Il est très difficile de se projeter dans la conjoncture actuelle. Le contexte géopolitique peut potentiellement nous être favorable même si, sur le mois d’avril, nous avons enregistré une baisse de fréquentation de 6 %. On dépend peu de la clientèle étrangère qui ne représente que 10 % des visiteurs donc l’impact sera limité de ce point de vue-là. Les gens risquent de réserver au dernier moment mais cela peut être positif. On peut être une destination refuge pour des ménages au budget plus restreint.