Regards croisés sur un millésime 2026 précoce
Le millésime 2025 a été marqué par des vendanges d’une rare précocité, 2026 s’annonce dans la même lignée ! Dans le vignoble nantais, la croissance des vignes s’accélère et les domaines se préparent déjà pour un début de récolte en août. Une course (presque) contre la montre que nous racontent vignerons et techniciens.
Romain Mayet, ingénieur à la Fédération des Vins de Nantes
« Nous sommes pour l’instant dans des conditions qui sont plutôt très bonnes. On a eu un démarrage très, très précoce puis on a perdu un petit peu de temps, avec une météo un peu plus fraîche et humide en mai. On a ensuite eu une fleur explosive avec un épisode sans précédent au niveau climatique fin mai. Ça a fleuri à une vitesse absolument folle, en quasiment 4-5 jours ! J’avais une petite crainte sur la fécondation des fleurs, parce que beaucoup de fleurs peuvent avorter dans ces circonstances mais ça n’a pas été le cas. On est passé en grain de plomb très vite et c’est très sain. Il y a du raisin, plus que l’an dernier, même si on ne va pas exploser les volumes. Fin juin, l’assemblée générale des sections statuera sur les rendements. Nous allons également avancer les tournées des Dénominations Géographiques Complémentaires à fin juin, début juillet pour que les vignerons aient le temps de faire des ajustements en termes de charge si nécessaire. Et on attaquera les contrôles maturité autour du 10 août. Ce sera par ailleurs le premier millésime où il n’y aura pas de ban des vendanges. On conserve bien sûr un ban syndical et médiatique mais si les vignerons estiment que c’est le moment de vendanger, ils pourront y aller, sans demander de dérogation. »
Vincent Dugué, vigneron à La Regrippière
« On s’attend à des vendanges précoces donc nous sommes en pleine gestion RH et logistique. On se tient prêt pour le 20 août avec des équipes qui seront de retour pour le 10. On s’adapte, on décale certaines opérations comme le lavage des barriques ou les mises en bouteille. J’étais surpris cette année du démarrage car on a eu un épisode de froid avec de la pluie. On avait l’impression que ça allait avoir du mal à démarrer et c’est finalement parti en mars avec le phénomène de douceur que l’on a connu. On constate qu’il y a de la charge et que c’est une belle récolte qui se prépare même si cela dépendra aussi des épisodes caniculaires à venir. Depuis 2020, on constate quand même que vendanger en août devient la norme. Comment ce sera demain ? On voit des hypothèses à 2050 avec des printemps chauds et humides. La notion de terroir et de bon terroir va évoluer. On le voit déjà avec les démarches de communales. On a sélectionné les terroirs les plus qualitatifs des années 2000 mais les réserves hydriques et les maturités évoluent. Le dérèglement climatique va plus vite que nous. »

La fleur s’est déroulée dans de bonnes conditions et a été particulièrement rapide cette année.
Mathieu Jehanno, conseiller viticole à la chambre d’agriculture
« Au niveau des dates de débourrement, c’est l’un des millésimes les plus précoces enregistrés avec 1977. Cette avance, on a eu l’impression de la perdre un petit peu pendant les premières semaines du mois de mai avec les températures froides puis la fleur s’est faite très vite. Sur la floraison, on se rapproche de 2011 et 2020. Ces années-là, on avait vendangé respectivement au 24 et au 26 août.
Dans les conditions actuelles, à l’instant T, c’est quand même un beau millésime qui s’annonce. On a un taux de nouaison qui est assez élevé. Il ne manque pas beaucoup de grains. On a d’ailleurs des grappes énormes donc on part sur de grosses vendanges mais il peut se passer plein de choses d’ici-là. Si le mois d’août est pluvieux, ça va retarder la vigne. S’il fait chaud et sec, ça peut bloquer les maturités et si on a une alternance de pluies/chaleur comme en 2018, ça va aller très vite. »
Louis-Charles Toublanc, vigneron à Drain
« Les vendanges vont être très précoces. On prévoit d’être en ordre de marche pour le 17 août, encore plus tôt que l’an passé. On est actuellement dans des stades que je n’avais encore jamais vus à cette période de l’année. Le pinot gris malvoisie est très beau. Début juin, il était déjà en train de commencer à nouer. On commence à s’habituer à des stades végétatifs de plus en plus courts et au fait que la vigne démarre plus tôt. Tout cela a forcément un impact sur les travaux à la vigne. On n’est pas spécialement en avance mais on prend les équipes en conséquence. Au 15 juin, tout sera terminé ou presque et on aura plus qu’à attendre les vendanges, même si je pense que je vais m’asseoir sur les vacances cette année ou les décaler à fin septembre (rires). Si on commence au 15 août, le 20 septembre, on aura tout terminé, surtout que les cépages se sont regroupés les uns, les autres. Il va falloir que l’on s’organise en revanche pour Vignes Vins Randos qui est prévu le dernier week-end d’août. On se fera aider des anciens car c’est sûr que nous serons en vendanges. »

Les opérations de préparation de vendanges comme le nettoyage des cuves devront être avancées cette année.
Nadège Brochard, conseillère viticole indépendante
« On a eu un débourrement assez hétérogène, avec un mois d’avril relativement sec, mais avec un bon potentiel de grappes. Beaucoup de secteurs ont quand même filé, notamment du côté de La Haye-Fouassière ou du Loroux-Bottereau. On a d’ailleurs vu un retard de la végétation sur les vignes qui avaient le plus subi en 2024. On a ensuite eu de la pluie à partir du 3 mai jusqu’au 20, pile quand la vigne en avait besoin. Il y a eu les Saints de Glace avec des températures très froides, jusqu’à 1,7°C. La vigne a grossi ses feuilles et ses grappes. C’est d’ailleurs la particularité de ce millésime 2026 : je n’ai jamais vu des grappes de melon b. aussi grandes. On a vu les vignes en fleurs à partir du 22 mai. Le 25, on était à 80 % de floraison.
Selon moi, les vendanges devraient démarrer la dernière semaine d’août mais tout dépendra du stress thermique. En tout cas, on est plus à 90 jours après la fleur que 100 jours. Il y a un beau potentiel. Quelle que soit la situation, quel que soit le type de taille même si les tailles tardives sont un peu moins bonnes. Ce qui m’interroge beaucoup, ce sont les à-coups avec un cépage, le melon b., qui n’aime pas ça. On l’a bien vu en 2024 avec le froid, la pluie, etc. Autant la folle blanche et le gamay s’adaptent bien, autant le melon aime la régularité. »
Éric Chevalier, vigneron à Saint-Philbert-de-Grandlieu
« On est effectivement très en avance mais ça ne va pas mûrir aussi vite que l’année dernière car il y a plus de raisins. On a fait une très belle récolte l’an dernier, on va faire une très, très belle récolte cette année. Mais rien n’est acquis. Il suffit de plusieurs jours de pluie pour que ça change. J’ai une équipe supplémentaire qui vient pour les travaux en vert. Je pensais l’annuler mais finalement la vigne va tellement vite que je suis content de les avoir gardés. Ce millésime bouscule un peu les équipes, surtout à la vigne car une fois les vendanges terminées, ce sera plus calme en septembre. Mais comme on plante tous les ans, il y aura l’entretien des jeunes vignes à faire. On s’adapte et on sera prêts pour le lundi 23 août. J’ai déjà fait l’affiche pour le recrutement des vendangeurs, signe que les vendanges seront précoces ! D’habitude je la fais début ou mi-juillet, là elle est prête et déposée dans les commerces locaux. Je vais également passer le message sur les réseaux sociaux. »